Colloque international : "Sortir de l’enclos" : jardins et politique(s)

 

Colloque reporté à une date ultérieure (mai/juin 2021) en raison de la crise sanitaire actuelle

Tagung wegen der COVID 19-Maßnahmen verschoben

Résumé

Le CEREG (EA 4223) de l’Université de Nanterre, l’équipe de recherche « Mondes allemands » (EA 1577) de l’Université Paris VIII Vincennes Saint-Denis, l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles et la fondation Fürst-Pückler-Park Bad Muskau organisent, du 14 au 16 mai 2020 un colloque franco-allemand sur le thème « “Sortir de l’enclos” : jardins et politique(s). Histoires, expériences et perspectives franco-allemandes ». Il s’agira de s’interroger sur les liens qu’ont entretenus, depuis le XVIIe siècle, les jardins avec la politique en France et en Allemagne, mais aussi d’examiner de récentes initiatives où le jardin, compris comme processus vivant, se transforme en lieu d’expression de la démocratie et de la citoyenneté. L’histoire des deux pays, parfois adverse et souvent intimement mêlée, incite en effet à tendre des miroirs pour révéler des mouvements et aspirations profondes des deux sociétés, étudier les contrastes et transferts mutuels, et croiser les études de terrain dans ce domaine encore peu exploré qu’est l’art comparé des jardins.

Argumentaire

Les jardins français et allemands – que l’on ait à l’esprit les jardins de l’ère absolutiste, les jardins publics nés au XIXe siècle ou les jardins de particuliers - partagent une longue histoire commune encore trop peu étudiée. En faisant voyager en France dessinateurs de jardins, jardiniers, plantes, l’Allemagne du XVIIe siècle et de la première moitié du XVIIIe siècle a beaucoup favorisé ces échanges. L’Angleterre fut ensuite une source commune d’inspiration et de renouvellement et joua progressivement, que ce soit en France ou dans les cours allemandes, le rôle ambigu d’un modèle dont on essaya de s’affranchir pour trouver le génie propre à chaque pays. De grandes figures paysagistes trouvèrent alors l’espace pour agir et forger leurs outils : elles surent renouveler et dépasser les questions de formes et surtout faire entrer les jardins de plain-pied dans leur époque, en écho aux préoccupations des populations et pour répondre aux objectifs des décideurs. A l’heure de l’Anthropocène, on souhaiterait que la capacité d’enseignement et la portée politique des jardins soient plus largement perçues, partagées et mises en œuvre afin de pouvoir collectivement y chercher des solutions pour un monde désorienté.

Si l’étude des liens entre jardins et politique n’est pas un terrain totalement vierge, le colloque entend aborder la question dans une perspective spécifiquement franco-allemande. L’histoire des deux pays, parfois adverse et souvent intimement mêlée, incite en effet à tendre des miroirs pour révéler des mouvements et aspirations profondes des deux sociétés, étudier les contrastes et transferts mutuels, ou encore croiser les études de terrain dans ce domaine encore peu exploré qu’est l’art comparé des jardins. Le colloque sera ainsi l’occasion de s’interroger d’une part, sur les liens qu’ont entretenus, depuis le XVIIe siècle, les jardins avec la politique en France et en Allemagne : symbole ou incarnation du pouvoir absolu – à Versailles ou Herrenchiemsee par exemple – accaparé plus tard par la bourgeoisie naissante puis les classes populaires ; mais aussi outil d’éducation (si l’on pense aux idéaux saint-simoniens qui ont en partie inspiré la création des premiers parcs publics parisiens sous Napoléon III, ou aux Schrebergärten en Allemagne) et d’acculturation, parfois instrumentalisés par le pouvoir en place, comme le Kleingartenbewegung sous le national-socialisme ; terrains de conflits militaires – le parc de Muskau en est un bon exemple - ou lieu d’expression d’une volonté de les surmonter, comme les Jardins de la paix du Centenaire 14-18 … Il doit également permettre d’examiner de récentes initiatives en France et en Allemagne, où le jardin, compris comme processus vivant, se transforme en lieu d’expression de la démocratie et de la citoyenneté, ou devient le support de construction de nouvelles relations sociales, en particulier pour des populations fragilisées ; on s’interrogera enfin sur les enjeux des jardins, à l’ère du changement climatique, dans le champ de la politique patrimoniale mais aussi dans les politiques d’aménagement territorial ; en explorant évolutions récentes en France et en Allemagne, on cherchera ainsi à rassembler différentes expériences spatiales, de gestion et de politiques publiques menées dans des jardins dans les deux pays.

Le colloque se tiendra à Bad-Muskau, dans le domaine du célèbre « parcomane » Hermann von Pückler-Muskau, sis sur la frontière entre l’Allemagne et la Pologne, et conçu par un prince francophile et attentif à faire profiter la population de sa création. La Stiftung Fürst-Pückler-Park Bad-Muskau, très impliquée dans l’étude des jardins et de leur transmission aux générations futures à travers une vaste offre de séminaires et des programmes de recherche sur les savoir-faire jardiniers, hébergera cette manifestation dont le but est de favoriser les échanges entre chercheurs et acteurs du jardin historique et contemporain en France et en Allemagne, et de susciter des collaborations au long cours.